L’atypique

Ballotté entre Lyon, l’Angleterre puis la Suède dans sa jeunesse avant de partir faire le routard et des photos en Amérique du Sud. Le champion de France Junior J1 2019 Antoine Criq est aussi loin des clichés de l’enduriste moderne qu’on peut l’imaginer. Pourtant, sa volonté farouche de se faire une place dans ce sport pourrait bien payer au final. Un profil aussi intéressant qu’atypique.

“Là, je ne crois pas rentrer chez moi avant trois semaines. Mais ça va, je suis bien dans mon camion. Tu as vu, je l’ai aménagé moi-même !” Il est comme ça, Antoine Criq, pas un gars du genre compliqué. Et pas plus stressé que ça que la poignée de la porte latérale dudit Renault Master, équipé maison à base de bois et de sol coco, soit cassée. Antoine, intégré au team Beta Oxmoto aux côtés de Christophe Charlier et Anthony Geslin depuis cette année, mesure la chance qu’il a de pouvoir essayer de faire de sa passion de l’enduro son métier. Et il s’en donne les moyens, quitte à renoncer un peu à son confort. Peut-être aussi parce que son arrivée sur la scène enduristique française ne s’est justement pas faite dans le confort. Au contraire, sa trajectoire est des plus singulières et atypiques.

« Je suis né à Lyon, mais quand j’avais 8 ans, ma famille a déménagé à Stafford, en Angleterre, au nord de Birmingham. Mon père était ingénieur chez Areva, il était directeur de projet pour des éoliennes offshore entre le Pays de Galles et l’Irlande. Du coup, mes frères et sœurs et moi, on est quatre enfants, on a quitté tout ce qu’on avait toujours connu et nous nous sommes retrouvés à l’école publique là-bas, sans parler un mot d’anglais.

Au début, on était tous un peu perdus, mais l’avantage d’être une fratrie de quatre, c’est qu’au moins, on était ensemble. On se suffisait à nous-mêmes. Au bout de six mois, je parlais couramment anglais. Ensuite, j’ai poursuivi là-bas au collège. Niveau moto, j’avais commencé à faire un peu de cross en France avant de partir, mais j’étais très mauvais. En Angleterre, on a fini par trouver un terrain près de là où l’on habitait. Après, il a fallu comprendre comment ça marchait au niveau des licences et ce genre de choses, et on a commencé à aller rouler. »

So British

La Criq family découvre ainsi l’off-road version british, avec notamment les courses de cross-country très prisées outre-Manche. « Ce sont des amis qu’on s’est fait là-bas qui nous ont montré le chemin des courses. En plus, il y a plusieurs séries différentes où les jeunes pouvaient rouler. Comme les WOR Events, ou les courses Fast Eddy, organisées par Paul Edmondson. C’est comme ça que j’ai rencontré les fils de Paul à l’époque, Jack et Harry. Ou encore Dan Mundell et Brad Freeman, même s’il était un peu plus vieux. C’est marrant de les croiser sur les GP aujourd’hui. On avait un vieux Sprinter qu’on chargeait le jeudi. Le vendredi, après l’école, on partait à six sur les courses et le dimanche soir, on passait par la salle de sport et on nageait avant de rentrer à la maison. Ça faisait douche pour toute la famille ! Et le lundi matin, école.»

Le jeune Antoine se fait donc plaisir en famille, lui qui ne s’intéresse rapidement plus qu’au sport. « Au collège, ça allait encore, j’étais à peu près académique, mais ensuite j’ai débranché, full sport ! Beaucoup de course à pied, natation, basket, rugby… Et moto évidemment. » Rapidement, sa volonté fait qu’il « passait des caps », comme il dit. « Je soudais, et j’apprenais à rouler à cette vitesse. J’ai gagné en 65 cm3, puis en 85 cm3, après j’ai roulé avec un Honda 150 CRF. Au début, en moins de 18 ans, puis avec les adultes où j’arrivais à faire des tops 3 et même à gagner. Pour l’anecdote, il n’y avait que Brad Freeman, Jack Edmondson et moi qui roulions avec les adultes avec des plus petites motos. Avec le recul, c’est intéressant d’analyser où en sont ces gars aujourd’hui. Par contre, je n’étais toujours pas bon en cross. »

Retrouvez le portrait d’Antoine Criq dans Enduro Magazine n°113