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Dumontier : Meilleur Rally2 du Dakar… Et après ?

A 33 ans, Romain Dumontier a participé en 2022 à son premier Dakar avec une 22e place finale à la clé. 14e en Janvier dernier à Dammam, le Normand a remporté la catégorie Rally2, celle des débutants derrière les RallyGP. En tête de cette catégorie en championnat du monde, quelle suite Dudu peut-il espérer donner à cette nouvelle carrière ?

22e de ton premier Dakar 2022 et 3e en catégorie Rally2 en championnat du monde, tu te dis quoi à ce moment-là ?
Je ne savais pas si mon premier Dakar serait un one-shot ou pas. Si cela me plaisait, c’était dans le but de continuer, sinon au moins, la case Dakar était cochée. J’ai commencé par le cross, même un peu de supercross à 16 ans, l’Elite, l’enduro, du X-Country avec une pige aux US, du sable avec le Touquet et les autres courses qui existent, un titre en enduro au Brésil en 2019, il manquait le rallye-raid. Comme la course s’est bien passée et que j’étais sur le podium Rally2, je me suis dit qu’il fallait continuer d’explorer. C’est pour cela que j’ai enchaîné avec l’Abu Dhabi Desert Challenge. Car les courses me permettent d’apprendre puisque je ne peux pas m’entraîner sans partir loin. Ce n’est pas en Normandie que je vais faire des road-books. Je prends les courses comme de l’entraînement.

17 DUMONTIER Romain (fra), Team Dumontier Racing, Husqvarna, Moto, FIM W2RC, Motul, action during the Stage 3 of the Dakar 2023 between Al-'Ula and Haïl, on January 3rd, 2023 in Haïl, Saudi Arabia - Photo Florent Gooden / DPPI

Sur l’Abu Dhabi Desert Challenge, tu es parti avec l’équipe satellite Husqvarna et plus avec ta propre structure. Pourquoi ?
Je roule sur une HVA, l’équipe HT Rally Raid Husqvarna Racing était le team chez qui roulait Xavier de Soultrait qui m’avait fait des bons retours et mon père avait déjà sympathisé durant le Dakar avec Henk Hellegers, le patron. Ce sont eux qui m’ont fait le service et acheminé ma moto. C’était plus simple, plus économique et un vrai gain de temps. On avait deux partenaires techniques en commun avec Michelin et Motul, ce qui me permettait de ne pas payer la formule complète.

Comment s’est passé Abu Dhabi, ton troisième rallye-raid après le Dakar et le Rallye du Maroc ?
C’était de la découverte, même si j’avais fait le Dakar et un entraînement avec Xavier à Dubaï. On m’avait dit que j’allais me régaler. Que des dunes, des paysages dans lesquels on rêve de rouler mais quand il faut attaquer dedans, c’est vite chaud. Il n’y a pas deux dunes pareilles, il y en a des cassées, avec des faux plats, des cassures. Si tu sautes, tu peux t’exploser même si ce n’est pas très haut. Le premier jour, j’ai cassé le bras oscillant sur un saut, on s’en est rendu compte le soir. Le lendemain, je freinais partout, j’ai fait une paire de plaquette arrière par jour. Je ne me suis pas fait super plaisir en pilotage parce que j’étais sur la défensive. Les premiers savent mieux lire les dunes et prennent plus de risques. J’ai fini 2e en Rally2 derrière Mason Klein, à la même place au championnat du monde. Il fallait en passer par là.

Le titre 2022 en Rally2 face au phénomène Mason Klein, c’était injouable ?
J’ai fait 3e avec une victoire d’étape à chaque fois en Rally2 au Maroc et en Andalousie et j’ai fini vice-champion.
Pas de risque, pas de chute, je ne suis jamais tombé, la moto est restée en bon état. Je roulais rarement avec Mason car il partait souvent devant. Une fois, au Maroc, il était parti derrière moi, il m’a rattrapé et il m’a déposé. Je n’ai pas réussi à le suivre. Pourtant, c’était rapide, mais sa moto marchait mieux que la mienne.

Deuxième de la coupe du monde Rally2 W2RC, cela ouvre des portes ?
Je sais que c’est compliqué, je n’ai pas été surpris que cela ne débloque rien. Je suis reparti à la pêche aux sponsors et c’était quasiment plus dur que pour le premier Dakar ! Certains me disaient qu’avec ce que j’avais réalisé, je n’avais plus besoin d’eux. Cela m’a poussé à aller chercher d’autres partenaires. Cette 2e place m’a juste apporté des médailles et des trophées et a ajouté une ligne sympa sur mon palmarès après celles en cross, en enduro et en sable.

17 DUMONTIER Romain (fra), Team Dumontier Racing, Husqvarna, Moto, FIM W2RC, Motul, action during the Stage 3 of the Dakar 2023 between Al-'Ula and Haïl, on January 3rd, 2023 in Haïl, Saudi Arabia - Photo Florent Gooden / DPPI

Pourquoi tu insistes alors ?
Je suis compétiteur. J’avais passé une année à apprendre, c’était dommage de ne pas aller voir sur le Dakar les fruits de mon investissement. J’ai trouve le budget, enfin jusqu’au dernier moment, je cherche le budget et certains me payent pendant le Dakar. Car ce qui est compliqué, c’est que le Dakar, il faut le préparer dès juin pour la première inscription où tu as déjà un versement à faire. Parler avant juin à un chef d’entreprise du Dakar qui a lieu en janvier suivant, il ne comprend pas. Au mieux, s’il t’a suivi, il te répond que cela vient juste de se terminer ! C’est à toi d’avancer le montant du premier versement. Juillet-août, tu ne peux contacter personne, septembre, c’est la rentrée et souvent ensuite, il faut attendre le bilan pour savoir si l’entreprise a fait une bonne année. J’avais ma moto qui vaut 30000 euros, je repartais sur un budget de 80000 euros qui englobait le Maroc qui était un passage obligé la première année pour me qualifier pour le Dakar et que je voulais refaire.

En 2023 tu t’es inscrit aux couleurs de Dumontier Racing, mais finalement, tu es parti avec le team satellite Husqvarna. Pourquoi ?
Mon père avait trois pilotes, je devais partir avec eux. Mais le team HT Rally Raid Husqvarna Racing m’a proposé de m’intégrer à sa structure en m’offrant ses services. L’avantage, c’est qu’il allait pouvoir s’occuper de ma moto. D’abord en la préparant avec un accès à des pièces spéciales pour le moteur, ensuite en me garantissant un meilleur service en course car l’équipe a un accès privilégié à la structure officielle. Tous mes adversaires roulaient avec des moteurs préparés, je savais que j’étais le seul avec un moteur d’origine.

Tu n’as pas eu le guidon, disons semi-officiel, qui a été proposé à Michael Docherty, ça t’a agacé sur le coup ?
C’est l’usine Husqvarna qui avait placé Docherty chez HT, en gros. Oui, ça m’a agacé quand j’ai vu qu’il n’a pas fait la saison. Alors oui, il va vite, il sait rouler, il avait fait 3e sur l’Abu Dhabi chez lui avant le Dakar 2022 au milieu des officiels, donc forcément, il s’était fait remarquer. Mais on ne l’a jamais revu jusqu’à Abu Dhabi où il chute, quitte la course et ne réapparaît à nouveau pas de la saison. Au final, c’est lui qui a la même moto que Mason Klein chez BAS World KTM Racing, l’autre team satellite. Moi, je n’ai pas la même. Mais j’ai un moteur qui marche bien.

C’est ça qui t’a mis la fièvre ?!!
Non ! Dans l’avion, en allant sur le Dakar 2023, j’ai senti la fièvre monter. J’ai passé les quatres jours de préparation avec la grippe, personne ne m’a vu, j’étais dans la couchette du camion. Au prologue, ca faisait cinq jours que j’était malade, je n’avais pas le moral. Je me couche au premier virage, moto rayée, kit déco arraché, pantalon et maillot troués, l’airbag s’est déclenché alors que cela ne m’est pas arrivé une seule fois en 2022. Le lendemain, je n’étais toujours pas bien, j’avais 38,8° de fièvre et j’ai dû rouler avec mon pote Jean-Loup Lepan qui me tire. J’ai fini 30e en limitant la casse, les autres Rally2 sont à 3 ou 5 minutes devant. Le deuxième jour, c’etait un peu mieux, j’ai fait dans les 20, j’ai encore limité la casse. Le soir, j’ai récupèré la photo de mon setting suspension envoyée par Franck Helbert car je n’étais pas totalement en osmose avec la préparation proposée. Le camion usine me la fait le soir de la 3 et le lendemain, j’ai enchaîné trois victoires d’étape en Rally2. Une fois que la grippe est passée après le jour 3, j’ai roulé à ma place.

17 DUMONTIER Romain (fra), Team Dumontier Racing, Husqvarna, Moto, FIM W2RC, Motul, action during the Stage 3 of the Dakar 2023 between Al-'Ula and Haïl, on January 3rd, 2023 in Haïl, Saudi Arabia - Photo Florent Gooden / DPPITu as terminé le Dakar 14e scratch, 3e privé derrière les pilotes RallyGP Schareina, qui avait le guidon semi-usine GASGAS, et le solide Svitko, mais aussi 1er Rally2. Satisfait ?
Carrément. Ma deuxième semaine a été extraordinaire. Le premier jour, j’ai fais 5 mais cela est passé un peu inaperçu, à mon grand regret. Comme je m’étais arrêté sur la chute de Barreda, à l’arrivée, je n’ai pas été annoncé 5e. Il faut attendre que mon temps d’arrêt me soit rendu plus tard dans la soirée. Et à la télé ou ailleurs, on ne me cite pas. Je suis un peu dég’. On fait 4e et 5e avec Schareina, on est repartis juste avant que Luciano Benavides ne nous rattrape. Il gagne la spéciale ce jour-là et du coup, on a pris son rythme pendant 100 kilomètres. C’était du motocross ! Là, j’ai vu que mon moteur marchait bien car dans les bouts droits, je le suivais. Les jours suivants, j’ai fais 11, 7, 14 et 6. Ce jour-là, j’étais 3e à 40 km de l’arrivée, je sais du coup que j’ai la technique et que je peux avoir la vitesse, que je peux être avec les meilleurs. Et ces places des derniers jours, je les ai réalisé avec un moteur d’origine. Car ma boîte de vitesses avait commencé à avoir des ratés et au soir de l’étape 10, on a changé mon moteur.
Tu penses avoir quelle marge de progression ?

Elle se situe sur la navigation. Par exemple, je ne sais pas encore ouvrir une spéciale comme les officiels savent le faire. Niveau technique, c’est bon. Il me manque des heures et de l’expérience. La dernière semaine, j’ai pu me mesurer aux officiels. Je ne veux pas dire que j’ai leur niveau, je dis juste que sur le pilotage technique, je me sens à leur hauteur. La différence est sur la prise de risque. Moi, je ne vais pas sauter sans savoir ce qu’il y a derrière, je ne joue pas à la roulette russe, ou si je le fais, ce n’est pas aussi franchement qu’eux peut-être. On en parlait avec Meo avant l’étape 13 où le lendemain, Toby allait partir dans les trois premiers. Il m’a dit: «Tu vas voir, demain Toby va mettre du gaz, il va sauter les dunes, est-ce que toi, tu es prêt à prendre ces risques? Il va te la mettre». Je rends seulement 4 secondes. J’aurais aimé aller revoir Antoine en lui prouvant le contraire. Je ne suis pas prêt à prendre autant de risques, je n’ai jamais été comme ça, je suis quelqu’un qui réfléchit.

Tu as finis à 2 heures du vainqueur, comment analyses-tu cet écart ? 
Sans être malade et sans changer le moteur qui m’a coûté 15 mn de pénalité, j’aurais pu en gagner 30, cela m’aurait plaçé dans le top 10. Mais avec des si… ce sont juste des stats. Par contre celles qui parlent, c’est sur la deuxième semaine. Si la course s’était déroulée seulement sur cette seconde partie, comme c’est le cas des autres rallyes de 5 jours du Championnat du Monde, j’aurais fait 5e, et ça c’est sûr. Même si personne n’a regardé, j’ai pris une heure pour calculer pour moi, perso, et je suis plutôt content de ça.

A 33 ans, tu as fait ton premier Dakar en 2022 au moment où Xavier de Soultrait, qui a le même âge que toi, se retirait après 9 participations… Tu ne penses pas être déjà trop vieux ?
Non. J’ai le même âge que Xavier mais j’ai pour moi la fraîcheur. Je n’ai pas derrière moi dix ans de rallye mais une seule saison. Je me suis toujours entretenu physiquement et techniquement. Et ceux qui sont devant ont tous à peu près cet âge-là. Price, Quintanilla, Rodrigues, Santolino ou Branch sont plus vieux que moi, Kevin Benavides doit avoir seulement un an de moins que moi parce que l’on roulait ensemble en enduro dans la même catégorie.

17 DUMONTIER Romain (fra), Team Dumontier Racing, Husqvarna, Moto, FIM W2RC, Motul, action during the Stage 3 of the Dakar 2023 between Al-'Ula and Haïl, on January 3rd, 2023 in Haïl, Saudi Arabia - Photo Florent Gooden / DPPI

Tu espères l’un des trois guidons semi-usine du groupe KTM ?
Pour l’instant, je reste privé avec ma moto. Les prochains rallyes, je les ferai certainement avec HT Rally Raid Husqvarna Racing dont le service est plus approprié pour rouler dans le top 20 et avec qui je ne paye pas l’assistance en course. Je leur ai déjà dit que je ne ferai pas Abu Dhabi. J’ai vu ce que c’était. C’est une belle course, mais le transport est cher, je trouve que le terrain est dangereux et il y a un X-1 en Rally2 en W2RC. Il me resterait le Mexique, l’Argentine et le Maroc. Henk m’a présenté au responsable rallye de chez KTM, Norbert Stadblauer. Il me connaissait puisqu’il me voyait monter tous les soirs sur le podium du W2RC après les premiers jours. Je lui ai dit que cela ne faisait qu’un an que je faisais du rallye, que j’avais montré que j’étais régulier, que j’avais fini toutes les courses sans abîmer la moto. Ils sont quasiment sûrs de me voir à l’arrivée dans la lignée de ce que j’ai déjà fait en enduro. Sur dix saisons de GP, soit environ 150 journées, je n’ai abandonné que quatre fois, dont trois sur problèmes mécaniques. En championnat de France, sur une centaine de journées, je n’ai abandonné là encore que quatre fois. Mes stats sont bonnes. Mon but serait d’avoir un guidon officiel afin de pouvoir m’entraîner comme eux. Sur l’année 2022, sans compter les courses, j’avais dix journées d’entraînement au road-book. C’est ce que les pilotes Honda ou des équipes KTM ont fait en un mois avant le Dakar en partant en Amérique du Sud.

Mason Klein, vainqueur de la coupe du monde Rally2 2022 et qui est monté en catégorie RallyGP cette saison, a quoi de plus que toi ?
Il a tout pour lui. Il est jeune, il sait rouler vite en étant premier, ce qui est remarquable. Il fait des choses un peu particulières aussi. Adrien (Van Beveren, NDJ) m’a raconté que lorsque Mason l’a doublé, il a remarqué qu’il coupait encore plus en hors-piste que les premiers en faisant en gros un calcul de moyenne de caps de deux cases de son road-book. Je ne sais pas comment il fait, il a sûrement des facilités d’orientation, de lecture de road-book, c’est un pilote qui doit être usine.

Ce top 15 au Dakar, il a changé quoi finalement ?
Cela donne du crédit et de la notoriété, je m’en étais rendu compte l’an dernier. Auprès du grand public, tu es un héros de finir le Dakar à cette place et tout ce que j’ai fait avant, dix ans de Mondial, le titre de champion du monde par équipe, tout ça ne compte pas. Les gens pensent que je sais faire de la moto après ce top 15 alors que cela fait 25 ans que je sais en faire ! Là, c’est extraordinaire pour eux alors que j’ai roulé comme je sais le faire, que je n’ai pas progressé en termes de pilotage ces dix dernières années, sauf sur des petits détails. Je sais que certains sponsors qui m’ont vu sur France TV vont penser une nouvelle fois que j’y suis arrivé, alors que c’est là que j’ai le plus besoin d’eux ! Car maintenant, si je veux continuer à progresser dans la hiérarchie, je dois aller m’entraîner plus. J’ai les sponsors techniques, il me faut du budget pour les frais de déplacement pour aller m’entraîner.

17 DUMONTIER Romain (fra), Team Dumontier Racing, Husqvarna, Moto, FIM W2RC, Motul, action during the Stage 3 of the Dakar 2023 between Al-'Ula and Haïl, on January 3rd, 2023 in Haïl, Saudi Arabia - Photo Florent Gooden / DPPI

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