Xavier de Soultrait

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Remercié par Yamaha il y a un an, Xavier de Soultrait a trouvé une nouvelle fois la force pour renaître encore plus fort de ses cendres. En tête du Dakar au guidon d’une HVA du team privé HT Rally, il a fini par chuter lourdement. Cervicale C2 fracturée… Immobilisé dans un corset à la maison, XdS est touché par le sort comme jamais. En toute logique,
il devrait rebondir encore plus haut et atteindre le sommet la prochaine fois ! À moins qu’il n’en reste là…

Après ton éviction du team officiel Yamaha et ton passage sur une HVA, tu as martelé que ce guidon privé était meilleur. Quelles étaient les parts de méthode Coué, de rancœur et de vérité ?

J’avais peut-être un peu l’esprit de revanche, mais c’était la réalité. Sans cracher dans la soupe, j’avais en effet découvert une très bonne moto. Si j’ai énormément élevé mon niveau, ce n’est pas uniquement parce que je suis mieux dans mes baskets, c’est aussi grâce à elle. Le management Yamaha détruit les hommes, cela paraît peut-être dur ce que je dis, mais chez eux, c’est toujours de ta faute. Quand j’entends les explications des casses mécaniques, c’est encore de la faute des pilotes. Branch, c’est parce qu’il a chuté juste avant, Franco (Caimi, NDJ), c’est parce qu’il aurait mis trop d’huile en vidangeant lors de l’étape marathon. Ce n’est jamais de leur faute et tu n’es jamais bon. Pour moi c’était : on fait avec toi parce que l’on n’a pas mieux. Il faut savoir valoriser les gens plutôt que les rabaisser.

Si cela m’a fermé des portes chez d’autres teams qui ont pu craindre qu’un jour, je dise ma vérité sur leur compte, je m’en fiche. Je suis comme je suis, je dis les choses comme elles sont. Je garde une excellente relation avec Eric de Seynes que j’admire, mais je pense qu’il se trompe sur certains dans le team. Mais il y a aussi d’excellentes personnes, comme Pedro le mécanicien, José Leloir, Pascal Ponce, Yann Lozano… des gens qui se donnent sans compter et qui sont à mon sens de bons éléments.

Je souhaite vraiment à mes anciens coéquipiers d’avoir à leur tour la chance de vivre l’expérience que j’ai eue cette année. Le changement, c’est bien. Jamais je n’aurais eu le courage de le faire, il faut être honnête. Il ne pouvait pas m’arriver mieux. Je n’aurais jamais fait le Dakar que j’ai fait cette année en continuant sur la même dynamique.

Le début du Dakar a été marqué par un “effet yoyo” jamais vu chez les pros. Ceux qui finissaient devant un jour étaient 20e de l’étape suivante, avant de revenir en tête le jour suivant et ainsi de suite. Pourquoi de tels écarts cette année ?

Les quinze qui sont devant vont très vite et sont aussi forts en navigation. Il suffit de deux d’entre nous qui font l’ouverture pour que tous les autres derrière sachent qu’ils peuvent se fier à eux et tartinent costaud. Pas comme il y a cinq ou six ans où cela allait vite, mais sans plus, et où l’écart entre ceux qui ouvraient et les suiveurs n’était pas si important. On amortit les bosses, on tape dans les appuis, on saute toutes les dunes, c’est impressionnant. On recolle tout de suite devant. A.S.O. avait un slogan il y a quelques années qui résume bien à ce phénomène : “The new Dakar generation”. On a tous 30 ans, on est tous là depuis quatre-cinq ans et on veut tous atteindre le Graal. Tant qu’il n’y aura pas de renouvellement de génération, ce sera comme ça.

Toi, tu n’étais jamais loin, mais jamais devant non plus, le timing parfait qui t’a permis de prendre la place de leader à l’étape 4. C’était voulu ou pas ?

A vrai dire, j’étais parti pour faire comme eux. Je me suis élancé à bloc en me disant que je devais remporter le prologue, que j’étais un peu seul, que c’était un nouveau départ et que j’avais besoin de briller. Je suis passé un peu trop loin d’un way point et j’ai dû faire demi-tour pour aller le valider. J’ai perdu une quinzaine de secondes sans lesquelles j’aurais terminé devant au lieu de 19e. Le lendemain, j’aurais été dans une mauvaise position. La première étape, j’étais revanchard et je voulais leur montrer qui j’étais. A la moitié de la spéciale, on s’est détachés avec Price et Benavides. Mais j’ai fait un demi-tour d’un kilomètre car je sentais que devant, ils avaient sauté une case.

Mais après le way point, je suis retombé sur les traces. Ils avaient emprunté une autre vallée et réussi malgré tout à valider le WP. Je perds quatre ou cinq minutes qui me permettent de finir 6e. Sans cela, j’aurais terminé devant. Là encore, c’est le hasard qui a bien fait les choses. Le troisième jour, on a tous compris comment était faite la course et qu’il ne fallait surtout pas tomber dans l’effet yoyo.

Mais ce n’est pas facile de le gérer. Il faut une bonne connaissance des positions de tes concurrents au départ de la spéciale pour tenter de te placer. Je n’ai pas été mauvais à ce jeu. Sam (Sunderland, NDJ) était aussi dans mon cas. On ma chute. Price, Benavides, Cornejo et moi. Toby y avait déjà laissé des plumes. Faire 1er, 20e, 1er, 20e… Tu tapes dans ton physique, dans ton mental, dans ta moto, dans les pneus… Ils se sont épuisés à faire ça, alors que pour moi, c’était impressionnant de facilité.

Retrouvez l’intégralité de l’interview avec Xavier de Soultrait
dans Enduro Magazine n°112

Xavier de Soultrait