Alain Duclos est un pilote professionnel atypique et même, pourrait-on dire, un “cas dakarien”. Car Alain a construit sa carrière sur ses uniques mais nombreuses expériences du Dakar, comptant cette année sa dixième participation ! Ce franco-malien (par sa maman) aujourd’hui installé à Bordeaux, est né et a grandi à Bamako, gardant de cette jeunesse en Afrique noire, un goût de liberté et de grands espaces..

Alain, peux-tu nous présenter le parcours qui t’a conduit jusqu’au team CrocoAventures cette année?
En fait, j’ai commencé sur le tard : j’ai 41 ans et ça ne fait que 10 ans que j’ai débarqué dans le milieu du rallye. Jusqu’alors, je pratiquais la moto en pur amateur, sans jamais avoir fait de course, même pas un enduro… Mais depuis tout gamin, mon rêve c’était de faire le Dakar. En 2000, j’ai réalisé ce rêve même si je n’ai pas pu terminer le Dakar … Mais l’année suivante, non seulement je suis arrivé au bout mais j’ai découvert que j’avais quelques prédispositions pour la discipline, en décrochant sur les étapes des places de 8e et même de 4e. Du coup, en 2003, je me suis fixé le challenge de finir dans les 10 premiers, et à mi-course, j’étais dans mon objectif, à la 7e place, jusqu’à ce qu’une chute assez grave me cloue dans un fauteuil roulant pendant plusieurs mois ! Mais je n’ai pas lâché prise et je suis reparti en 2005 où j’ai fini 14e. Puis en 2006, j’ai enfin atteint mon but en accrochant la 7e place au général et en remportant la victoire dans ma catégorie 450 !

Tu as donc fait 5 Dakar sans jamais avoir intégré un team ?
J’en ai même fait 7 tout seul…  du moins avec un ami qui me faisait la mécanique et on partait vraiment dans cet esprit d’aventures entre potes !! Après avoir atteint mon premier objectif, je m’en suis évidemment fixé un autre avec cette fois le Top 5 en ligne de mire !!!  Je suis donc reparti à l’assaut du Dakar 2007 pour en revenir avec des côtes cassées, un poumon perforé, une épaule mal en point… Pourtant, je m’apprêtais à repartir en 2008 lorsque le Dakar a été annulé, cet épisode marquant la fin de cette course en Afrique. Les organisateurs l’ont remplacé par le rallye d’Europe centrale et c’est là que j’ai fait mon premier podium en rallye raid, derrière Casteu et Chaleco. Objectif atteint ! C’est à ce moment que KTM m’a proposé une place “officielle” comme porteur d’eau de Cyril Despres. En 2009, j’ai donc découvert ce qu’est la vie de porteur d’eau c’est-à-dire sacrifier sa course pour son pilote leader… et j’avoue que ça s’est moyennement bien passé !

C’est ce passage de l’amateur indépendant que tu étais à ce statut plus professionnel, qui a été difficile pour toi ?
J’avoue que j’ai beaucoup appris à leur contact car ce sont des gens extrêmement professionnels. C’est vrai aussi que ça m’a mis une pression que, sans doute, je n’ai pas su forcément bien gérer… Mais j’aurais aimé avoir un peu plus de temps pour m’y intégrer et ça n’a pas toujours été facile… Bref, après avoir quitté KTM, je suis retourné dans ma petite structure qui m’allait si bien et, regonflé à bloc, j’ai fini 6e du Dakar 2010 !!! Pour la petite histoire, j’ai d’ailleurs perdu la 5e place, donc mon rêve, sur une réclamation et j’ai toujours gardé beaucoup d’amertume pour ça. Après cette performance, c’est Aprilia qui m’a contacté pour travailler sur le développement d’une moto. J’ai passé 2 années à leurs côtés mais hélas, pour des raisons financières, l’équipe n’a pas pu continuer sur ce projet. Donc j’étais prêt à revenir, pour la troisième fois, dans ma structure lorsque… “ding dong ! bonjour, nous sommes CrocoAventures, le team officiel de la marque française Sherco …” J’étais au début un peu réticent mais lorsque j’ai fait des essais, j’avoue que j’ai été bluffé par la moto. Alors quand ils m’ont proposé d’intégrer le team et de m’occuper du développement du prototype, j’ai accepté de relever ce qui pour moi est un nouveau défi et surtout un projet très motivant !

C’est quand même une grosse responsabilité…
Oui… mais on me l’a confiée de manière très “simple”. Il y a des enjeux bien entendu et j’en ai parfaitement conscience, mais cette fois le contexte est totalement différent de chez KTM ou Aprilia qui fonctionne à la cadence du pilote leader et impose une énorme pression… Là au contraire, la dimension humaine et amicale, la relation de confiance dans l’équipe m’épargnent cette pression et laissent une grande place à mes sensations… Cette ambiance est propice à la concentration et à la détente, ce qui est loin d’être incompatible ! On se sent libre de dire ce que l’on pense, ce que l’on veut, et ça me permet de faire un feedback objectif et en toute simplicité…

Revenons quelques instants sur la moto. Quels sont justement tes ressentis et tes sensations sur ce prototype ?
En quelques mois, on a beaucoup travaillé sur ce prototype et la moto est prête à partir au Dakar. Même si je suis très satisfait, je pense qu’on est à 65-70 % de son potentiel réel, ce qui devrait légitimement me permettre de faire des places régulièrement dans les 15, voire plutôt même dans les 10 si je ne me paume pas dans les spéciales !! L’enjeu cette fois est de savoir être patient : nous avons passé avec CrocoAventures et Sherco un contrat sur 3 ans pour nous permettre d’atteindre l’objectif visé : se placer dans le Top 5 et aller même chercher le podium…

Tu parles de cette moto, mais toi, après toutes ces expériences, as-tu encore quelque chose à prouver ?
On a toujours des choses à prouver, ne serait-ce qu’à soi-même ! Je n’ai pas encore réussi à entrer dans le Top 5 du Dakar, et donc évidemment, c’est l’objectif de la machine autant que de l’homme !!! Mais il y a aussi un autre enjeu qui me séduit beaucoup : être vraiment moteur et participer à l’essor d’une marque. Outre le projet sportif, il y a un vrai projet d’entreprise et je trouve que c’est vraiment captivant de pouvoir évoluer dans ce large éventail…

Tu n’es pas là “que” pour accomplir un exploit sportif, mais aussi pour mettre “ta patte”…
La réussite de l’entreprise et de l‘équipe fera autant mon bonheur que de faire une bonne place…  Car cette place, de toute façon, je ne la ferai pas tout seul ! Ce sont des gens comme Nicolas, Laurent, Julien… qui vont se faire 10 000 km aussi, dormir 3 heures… Eux sont dans l’ombre et pourtant, ils participent autant que moi ! Et si derrière tout ça, Sherco nous dit “bravo les gars, les ventes sont à + 20”, et bien le bonheur sera total !!! Faire le Dakar peut paraître un ”jeu” pour certains, mais il ne faut pas oublier que derrière, il y a l’essor d’une entreprise, de ses salariés et de leurs familles…

Pour conclure sur ce Dakar 2013… ses organisateurs l’annoncent encore plus corsé que les précédents, avec d’emblée des franchissements de dunes… J’imagine que le sable est ton terrain de jeu préféré ?
Bizarrement, pas du tout !!! (rires). Il ne faut pas oublier qu’en Afrique noire où je suis né, on a plutôt des pistes sinueuses et glissantes. C’est là où j’ai appris à faire du BMX, puis de la mobylette quand j’avais 14 ans… ! Dans cet environnement, j’ai une lecture plutôt instinctive du terrain. En revanche, celui qui est inégalable dans les dunes, c’est James West qui y passe son temps à Dubaï. Et puis on a Axel qui vient du Chili et connaît par coeur les montagnes et Frank qui arrive du Congo… En fait, nous sommes un team très éclectique et très complémentaire, et je pense qu’on a tous les atouts en mains pour partager une grande aventure et atteindre nos objectifs….

Une info CrocoAventures,  Photo CrocoAventures / MC’Com