Emmanuel Moreau donne son avis sur l’EGP

Collaborateur du promoteur Alain Blanchard et de sa société ABC Communication, ancien manager de De Soultrait, Berrez et Dumontier, Manu Moreau, lui-même ancien bon pilote, est bien connu dans les paddocks pour ne pas laisser sa langue dans sa poche. A fortiori quand un événement aussi “important” que la création du WESS ou une énième modification des règles de l’EnduroGP débarquent sur nos Minitels. Du coup, on a tendu le micro. Et un peu les perches, c’est vrai. 

Le retrait de KTM du championnat du Monde d’enduro suscite beaucoup d’interrogations quant à l’avenir de l’Enduro GP. Que penses-tu de la manière dont le championnat du Monde s’est reconfiguré ?
L’enduro est une discipline qui a beaucoup évolué ces 20 dernières années de manière substantielle. Les teams se sont professionnalisés, les marques se sont investies et le championnat du Monde s’est structuré depuis qu’Alain Blanchard en assure la promotion avec ABC Communication. Il n’y a qu’à comparer un paddock de Grand Prix du début des années 2000 à aujourd’hui. Ca n’a plus rien à voir. Pour exagérer un peu, il y a 20 ans le paddock c’était presque un camp de gitans… Et évidemment la discipline étant vieillissante, peu médiatique et souvent complexe à comprendre pour les non-initiés on a tenté un relooking. Je pense qu’en termes d’image le défi a été relevé sauf qu’on a voulu en faire plus, du moins trop. L’idée de base qui était de créer une catégorie reine était excellente. D’ailleurs le classement scratch a déjà existé, ce n’est pas du tout une nouveauté. Quand Christophe Nambotin ou Pierre-Alexandre Renet débriefaient un Grand Prix avec moi ils ne me parlaient jamais de leur catégorie mais du scratch. Idem pour Méo ou Phillips. Et le phénomène n’a rien de récent, Knight, Aubert ou encore Salminen faisaient pareil. La catégorie Enduro GP était plus qu’une évidence et, que ce soit sportivement ou bien pour l’image du sport, il fallait le faire. Sauf que ça a été mal fait et pour avoir été dans les coulisses de la genèse du concept je pense qu’il ne faut pas incriminer le promoteur mais la FIM. C’est d’ailleurs étonnant qu’une fédération fasse passer un projet auquel les teams, les marques et les pilotes n’adhèrent pas. C’est un peu dogmatique et suicidaire. Lorsque l’on m’a parlé de ce projet j’ai proposé que les catégories soient toutes maintenues et qu’un classement parallèle Enduro GP soit fait. Dès le deuxième Grand Prix de la saison les 15 premiers du classement Enduro GP fermeraient la marche après les E1, E2 et E3 avec des plaques de couleur différente. Un peu comme le leader en MX. Et à chaque Grand Prix on ferait la même chose en utilisant le classement du précédent. Les pilotes concernés marqueraient donc des points aussi dans leur catégorie. L’intérêt de ce concept est à plusieurs niveaux. D’une part il facilite la vie des pilotes. Avec seulement deux catégories on est obligé de voir le nombre de partants diminuer. Va trouver un guidon et des sponsors quand tu vises au mieux une 12e place en catégorie ! Avec le maintien des trois classes les pilotes avaient davantage de chances de scorer dans les 5, ce qui est plus gratifiant qu’un classement en bas de tableau toute la saison. D’autre part le concept était plus dans l’intérêt du public. En organisant différemment les Grand Prix, notamment en rapprochant les spéciales, les spectateurs pouvaient voir l’intégralité des pilotes en attendant l’arrivée du Top 15 Enduro GP. Bref, mon idée n’a pas été retenue par la FIM et le promoteur a été un peu contraint d’obtempérer. C’est dommage car beaucoup de pilotes avaient validé mon projet. Pour 2018 on revient aux catégories E1, E2 et E3, c’est une bonne chose, j’espère juste que le format de classification avec l’Enduro GP sera proche de ce que je proposais. En tous cas chez ABC la motivation est grande et je pense que l’on s’oriente vers un très beau championnat.

Quel regard portes-tu sur l’arrivée du WESS ?
La création d’un championnat parallèle annoncé tel quel est une connerie selon moi. J’y vois davantage un tacle à l’enduro GP et surtout à la FIM, couplé à une opération marketing. Quand on connait vraiment l’enduro on dissocie spontanément les spécialités. La première raison est que l’on ne prépare pas sa saison avec le même programme de training. Tu penses sérieusement que Jarvis ou encore Walker vont faire quoi que ce soit sur un Trèfle ? Ou encore dans le sable… Là on sort complètement de la logique d’autant plus que l’on va compter sur les doigts de la main ceux qui auront participé à tous les événements du calendrier. Au moins en Grand Prix les pilotes font le championnat en intégralité. Après, qu’il y ait une coupe du Monde de courses extrêmes c’est dans la logique des choses et j’en suis partisan mais là on mélange tout. C’est un peu comme si en athlétisme on faisait courir un 3000m steeple et un 100m aux gars pour savoir qui est le meilleur en course à pieds. Il n’y a pas de commune mesure. D’ailleurs quand j’en parle à certains pilotes qui roulent en mondial ils trouvent ça complètement grotesque. Quand tu lis les propos de Phillipp Stossier tu as l’impression qu’il te vend de la téléphonie mobile. C’est un bla bla marketing dont le seul but est de créer un tremplin médiatique. Mais c’est très loin d’être idiot, je parle uniquement de l’aspect sportif bidon et du préjudice pour l’enduro. L’appui de Red Bull TV est une force de frappe colossale et je regrette vraiment que l’enduro GP n’ait jamais bénéficié d’un tel support. Pourtant leurs vidéos sont ultra qualitatives mais les supports de diffusion pêchent un peu comparativement. Le résultat est que dans la forme ça dénature quand même substantiellement ce qu’est l’enduro. Ce qui me gêne aussi c’est que l’on va faire croire au gens que l’enduro c’est le Wess. A l’époque à laquelle je roulais quand je parlais d’enduro, dans 99% des cas on me parlait du Touquet qui n’a justement rien à voir avec de l’enduro. On va être dans le même cas de figure.

Tes pronos pour la saison d’Enduro GP ?
Jamie McCanney
J’aime beaucoup Jamie McCanney. C’est selon moi le pilote qui va déjà très vite et à qui il reste une marge de progression énorme. Il est encore vert mais il apprend à une vitesse phénoménale. Il commence à devenir bon partout et il a vraiment de la vitesse. Il a la Yam bien en mains et je ne le vois pas sortir du podium. Il est même probable qu’il soit titré en E1.

Christophe Nambotin
Il faudra se méfier de Nambotin. Techniquement et en vitesse pure c’est de loin le numéro 1 mondial. L’année dernière KTM ne lui a pas vraiment permis d’aller au bout de la mise au point de sa moto. Il se faisait peur sur une machine qui n’était pas configurée pour son pilotage. Il roule beaucoup sur la roue avant et ça nécessite un réglage de châssis adapté. Je sais que le travail se passe super bien chez Gas Gas et qu’il a retrouvé des sensations qui avaient disparues depuis trop longtemps. Physiquement il est sorti de ses deux années de galères, je le vois bien être champion du Monde Enduro GP cette saison si tout se passe bien.

Matthew Phillips
Matthew Phillips a finalement décidé de reprendre du service alors qu’il annonçait son arrêt. C’est typique des australiens, au bout d’un moment ils ont le mal du pays. Le souci avec lui c’est qu’il n’est pas toujours super sérieux pendant l’intersaison. Il a une forte tendance à la ripaille et quand tu fais 30 kilos de plus que les autres ça devient super compliqué, malgré le talent monstrueux qu’il a. Je pense qu’il n’a plus trop envie d’en jouer, j’espère me tromper mais je ne le vois pas sur le podium.

Loïc Larrieu
Loïc Larrieu est un peu comme son team mate Jamie ! Il évolue et même si je pense qu’il n’est pas loin du max techniquement il en a encore sous le pied en termes de vitesse et mentalement. Il sait désormais soigner ses débuts de courses alors qu’avant il lui fallait arriver à mi-journée pour se réveiller et exploser les temps. S’il arrive à trouver de la régularité il sera aussi sur le podium à coup sûr. D’autant plus que la yam est certainement la meilleure machine du parc en 4 temps.

Steve Holcombe
Steve Holcombe est un vrai phénomène. Il a un timing hallucinant. Techniquement ce n’est pas le meilleur mais il a une lucidité délirante dans la lecture du terrain. Il ne doit pas être dans le même espace-temps que les autres ! Je sais qu’il a beaucoup bossé cet hiver et qu’il va arriver plus fort. C’est un peu un David Knight v2.0, il luttera pour le titre, je ne le vois pas plus loin que deuxième.

Mathias Bellino
Matthias Bellino a les moyens de faire une grosse saison. Pour moi il est incontestablement dans les 5 meilleurs pilotes mondiaux. Le souci c’est que Honda ne lui fait pas faire tous les Grand Prix, à ce niveau inutile de parler de titre quand on fait l’impasse sur des épreuves.

Davide Soreca
Chez les juniors Brad Freeman est champion mais pour moi Davide Soreca a mûri et il est peu probable qu’il soit battu cette saison. Je le vois champion du Monde Junior.

Daniel McCanney
C’est un peu l’X du championnat. Ce sera tout ou rien. Je sais qu’il y a de la rivalité avec son frère. Le changement de team va peut être l’aider à se transcender ?

Josep Garcia
Josep Garcia est un petit prodige, hyper brouillon dans son pilotage mais hyper efficace. Il ne lâche rien mais contrairement à Jamie je ne lui trouve pas trop de marge. Il roule à 110%, ce n’est pas super safe ! Dommage que KTM ne l’aligne pas sur le championnat, ils doivent penser que c’est mieux pour lui d’aller faire 25e sur une extrême… Idem pour Watson qui toutefois risque de cartonner en cross country et dans le sable.

    Discussion · 3 Commentaires

    Il y a 3 commentaires à propos de "Emmanuel Moreau donne son avis sur l’EGP".
    1. Arthur :

      26/01/2018 · 13:55

      Pour moi le WESS doit être vu comme le Décathlon est à l’athlétisme. Les décathloniens pratiquent et s’entrainent pour plusieurs disciplines, et cela ne dérange personne, et surtout pas les sprinters par exemple.

      Pour moi la personne qui va remporter le WESS sera tout autant respectable que la personne qui sera championne du monde d’Enduro GP. Il suffit juste de considérer les deux comme deux compétitions différentes, même si parfois elles comprennent les mêmes disciplines.

      Personnellement j’y vois des opportunités différentes, et donc davantage qu’auparavant pour toutes les marques, et donc pour les pilotes.

    2. Nicolas :

      27/01/2018 · 08:47

      Je pense que le WESS n est pas une bonne idée. Pour moi, le hard enduro, l enduro gp et les classiques ne peuvent se mélanger, ce sont des disciplines bien différentes. Après rien n ’empêche un pilote de s’aligner sur un autre championnat comme celà ce fait actuellement entre les classiques, l enduro gp ou le France mais je ne vois pas l utilité du WESS.

    3. Observateur :

      29/01/2018 · 23:54

      Le nom de Charlier n’est pas cité? Je pense qu’il fait parti des favoris, pour preuve Bêta l’a signé et d’autres teams le voulaient….

    4. Emmanuel Moreau :

      01/02/2018 · 16:28

      Je n’ai pas cité Charlier parce que, n’ayant pas assez de recul sur une saison complète je ne voulais pas dire de bêtises. Mais en effet, sur ce qu’il a montré c’est un candidat sérieux au titre.

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