Communiqué de presse Sherco :

« Il y a une vraie redistribution des cartes qui laisse pas mal
de points d’interrogation»

On est à quelques semaines du grand départ de cette nouvelle édition du Dakar. Dans quel état d’esprit es-tu ? Toujours aussi zen que les années précédentes ?
(rires). Pour être tout à fait honnête, il y a beaucoup d’inconnues cette année. Les deux points référents de ce rallye qu’étaient Marc (Coma) et Cyril (Després) étant partis, on ne sait pas comment la course va démarrer cette année, sur quel rythme, etc… Beaucoup de nouveaux pilotes sont là, avec un palmarès en béton bien que vierge en rallye raid… mais il y a une vraie redistribution des cartes et ça laisse pas mal de points d’interrogations. Cela dit, la course, elle, reste la même et je suis plutôt serein sur cet aspect-là.

Mais ça laisse autant d’opportunités à d’autres, comme toi, de prendre les places devant ?
Je n’en suis pas certain car ces deux pilotes imprimaient un certain rythme à la course qui était certes soutenu, encore plus avec l’arrivée de Barreda qui mettait un peu le feu là-dedans… Mais là, ils sont 4 ou 5 à vouloir mettre le feu et je pense que ça va partir très très vite, mais dans tous les sens je le crains… On l’a vu au Maroc, d’emblée le rythme était excessivement élevé et à l’arrivée, il y a eu beaucoup de monde à l’hôpital !

« Je suis persuadé que je peux tirer mon épingle du jeu »

Tu as une très bonne expérience du Dakar qui est même ya course de prédilection. Et tu as pour habitude de garder la tête sur les épaules…
Bien sûr, mais tu es quand même bien aidé lorsque tu as des pilotes référents qui fonctionnent de la même manière que toi. Alors que là, il n’y a quasiment plus les anciens leaders et c’est très difficile de garder le pied sur le frein si tout le monde part très vite. Tu te dis qu’il faut y aller aussi, sinon tu risques de perdre le rythme ou de prendre du retard. Donc, il y a cette émulation et cette excitation qui sont un peu nouvelles… En clair, je suis à la fois serein et à la fois un peu expectatif par rapport à cette redistribution des cartes. Mais ça va être intéressant et je suis persuadé que je peux tirer mon épingle du jeu…

Et du coup, par rapport à tout ce nouveau contexte, t’es-tu préparé différemment ?
Oui, en fait j’ai eu l’opportunité de m’entraîner davantage cette année, donc pour la première fois je vais arriver physiquement prêt, sans avoir quitté mon boulot la veille du départ… Là, j’ai eu 2-3 mois pour me préparer comme il fallait, donc je ne peux l’aborder que mieux !

Il y a eu le Rallye du Maroc, tu l’as dit tout à l’heure, qui est toujours un peu la répétition générale. Qu’est-ce que tu as justement retenu de cette préparation ?
Le premier jour, j’étais dans les 5 mais malheureusement, j’ai connu des aléas de course qui m’ont rapidement contraint à l’abandon. J’ai été, comme d’autres pilotes, malchanceux en prenant de l’essence au ravitaillement qui contenait de l’eau. Mais bon, malgré cela, j’étais relativement serein par rapport à cette étape-là de ma préparation.

« On a surtout travaillé sur la fiabilité du moteur plus que sur un gain de performance »

Image supprimée par l’expéditeur.

Et la moto ? Depuis le dernier Dakar, il y a eu j’imagine beaucoup de travail, d’affinage…
Alors vraiment « affinage » est le mot ! Notre moto est déjà bien armée sur la partie cycle puisque très stable, mais nous avions encore un petit déficit de fiabilité sur le moteur. Donc on s’est évertué à rouler, avec mon co-équipier, pour faire faire à nos moteurs les 10 000 kilomètres équivalant à ce qu’ils endureront sur le Dakar. On a surtout travaillé sur la fiabilité plus que sur un gain de performance. Maintenant, on sait qu’on peut rouler aux avant-postes, que notre moto est capable de se positionner dans les 10 meilleures du monde, voire dans les 5. On l’a déjà prouvé il y a deux ans, et l’année dernière j’étais dans le Top 5 lorsque le moteur a eu un souci. Donc cette année, nous avons toutes les cartes en mains…

Cette édition a subi une modification de parcours suite au désistement du Pérou, et une reconfiguration du programme sportif. Du coup, comment abordes-tu ce Dakar 2016 ?
J’étais forcément déçu de ne pas aller au Pérou qui offre des déserts de dunes gigantesques et très intéressants. Mais du coup, le fait qu’on reste en Argentine et en Bolivie, le tracé va être beaucoup plus axé sur la piste et ça redistribue aussi pas mal les cartes de ma stratégie… Mais tu te doutes bien que je ne vais pas te la dévoiler… (rires) !

« On est toujours plus fort à deux que tout seul… »

La piste, c’est ton terrain de jeu préféré, il me semble ?
Oui, effectivement c’est vraiment ce que j’aime le plus ! Mais le fait d’aller dans le désert avait quelque chose d’intéressant pour moi dans la mesure où il y avait plus de navigation. Parce qu’il ne faut pas rêver, tout bon pilote d’enduro sait très bien rouler sur la piste. Donc pour moi, la navigation est aussi un avantage. Maintenant, dans la pampa argentine, il y a moyen de se perdre !! Donc on verra bien.

Après une année de transition, tu repars avec un co-équipier qui s’appelle Joan Pedrero. Comment le vis-tu ?
Très bien ! Déjà parce que Joan est quelqu’un de très bien, et c’est un pilote de grand talent. Nous sommes deux pilotes libres de faire notre propre course, mais je pense qu’on est toujours plus forts à deux que tout seul. Il ne faut pas oublier que chez Honda ou KTM, ils sont 5, 7 et quand tu es tout seul à te battre contre une horde d’équipiers, c’est pas terrible ! Donc je trouve que c’est une excellente chose d’avoir un co-équipier comme Joan, et un porteur d’eau Florent qui est vraiment super. Et puis on verra bien, selon les circonstances de course qui peuvent survenir en deuxième semaine, on peut éventuellement avoir besoin l’un de l’autre, et ce qui primera alors sera de mettre une Sherco à l’arrivée dans le Top 5, voire sur le podium si c’est possible…

Et là, pour conclure, c’est clairement l’objectif de cette année ?
Ça fait 3 ans que j’essaye de mettre ma Sherco dans le Top 5 et j’aimerais bien y arriver d’autant que je finis en général pas très loin du podium ! On sait que sur un Dakar… tout peut arriver ! Dans le mauvais, mais aussi dans le bon sens…

Propos recueillis par Christine Manganaro