EnduroBlog : l’Erzberg Rodéo vécue de l’intérieur par Pierre Pallut

Ex-espoir de l’enduro français, passé notamment par l’EEAT, Pierre Pallut est de ces pilotes qui ne jurent plus que par l’extrême. Multiple vainqueur de l’En’Duo du Limousin, finisher de la Romaniacs en catégorie Gold, le Grand Blond en connait un rayon dans le domaine du hard. Surtout, il a accepté de nous (vous !) livrer sa version de la dernière édition de l’Erzberg Rodéo, “l’enduro le plus dur du monde sur une journée”, comme l’annonce le site web de l’épreuve. Voici son récit brut. Et c’est du brutal, comme cette course…

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Les recos, sous le soleil.

“Erzberg Rodéo XXIIème édition, et quatrième participation pour ma part. Une course de masse sur un site unique, pouvant accueillir près de 2000 participants et des milliers d’accompagnateur/spectateurs, combinés à une couverture médiatique sans égale ont su placer cette course au rang de mythe du « hard enduro ».
La date de l’événement se cale sur un long weekend férié en Autriche, entre fin mai et début juin selon les années, attirant ainsi un grand nombre de participants Autrichiens. En gros, ce n’est rien de moins que la fête de l’Enduro dans ce pays.

Le plateau est essentiellement composé d’amateurs qui, en descendant des bières tout en tentant des montées impossibles, donnent cette ambiance « Mad Max » si particulière au paddock. A vivre au moins une fois, mais pas l’idéal pour préparer au mieux la course. L’expérience aidant, nous avons donc décidé cette année de troquer le camping-car pour un gîte dans une station de ski voisine, fuyant ainsi les vrombissements incessants des groupes électrogènes mêlés aux rupteurs nocturnes alcoolisés de KTM du siècle dernier, pour la quiétude des alpages. Une expédition à trois, puisque j’étais accompagné du pilote officiel Wex Vincent Charbonnier et de notre intendant Baptiste. Départ mardi matin, une pause en Allemagne, et une arrivée prévue mercredi midi, heure d’ouverture du site aux concurrents.

Une course inéquitable

Enfin pas pour tout le monde. Ce que l’on constate en visionnant sur la route des vidéos de quelques pilotes officiels en training dans la mythique carrière dès le mardi ! Voici d’ailleurs une face méconnue de l’Erzberg : cette course est la moins équitable à laquelle j’ai participé… D’un côté, quelques pilotes bénéficient d’une arrivée un jour et demi plus tôt, d’un training sur place, d’un accès en véhicule pour le repérage, d’un ravitaillement avec camion d’assistance à mi-course, d’un suiveur autorisé à circuler librement en moto… Et de l’autre, pas de training technique permettant de régler la moto pour le Main Event, des heures de marche pour repérer tout en portant un bidon de 5l d’essence à cacher dans les bois, et un suiveur piétons que l’on ne croisera donc que peu de fois. Simple constat, mais Mr Katoche, (créateur et directeur de l’épreuve, ça ne s’invente pas !) un peu plus d’équité serait la bienvenue…
La course commence pour moi le vendredi avec l’Iron Prologue, une montée chronométrée de douze minutes type « Pikes Peak » qui donne la place sur la « grille » pour la finale, le fameux« Hare Scramble ». Pas grand chose à voir avec de l’Xtrem, mais plaisant tout de même. Un moment aussi rare que sympa, d’être à fond de 6 plus de 30 secondes en cherchant désespérément un 7ème rapport ! Seconde chance le samedi. Le meilleur des deux chronos me place à la 24ème position, me permettant de m’élancer dimanche pour le Hare Scramble en première des 10 lignes de 50 pilotes qualifiés.

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Jusqu’ici, tout va bien…

Départ “mass start”

Dimanche 11H59, départ annoncé dans une minute. En pré-grille depuis 10H30, la pression atteint son apogée. Moteurs éteints, concentration maximum, la carrière est plongée dans un silence total, renforçant un peu plus cette atmosphère pesante. J’aime ce moment si particulier de l’Erzberg plutôt rare sur les courses Xtrem : un départ « Mass Start » aussi stressant qu’excitant où tout peut se jouer sur les premiers hectomètres. Envolée réussie pour moi, autour de la 10ème place. Après un premier quart d’heure typé Cross-Country passé dans la roue de Graham Jarvis, les choses se compliquent progressivement dans les singles rendus glissant par les orages de la semaine. Puis en arrivant sur le point spectacle Zumpfelwald, section infranchissable seul en condition humide et dernier CP où l’aide est autorisée, je vois une trace bien marquée une vingtaine de mètres avant celle que nous empruntons chaque année. J’hésite à la prendre, puis me ravise par peur de manquer un CP. En visionnant une interview de Graham Jarvis après course, j’apprends que c’est en prenant cette trace qu’il est passé en tête en doublant bon nombre de pilotes. Plus personnes ne le reverra…Grâce à l’expérience de nos participations antérieures, nous avons placé notre suiveur Baptiste sur cette zone, où son aide me permet de ne pas trop perdre de temps. Les places se figent jusqu’au Karl’s Dinner, le gigantesque pierrier qu’on voit partout en photos. Et qui a été triplé en longueur depuis ma première participation !

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Karl’s Dinner, même quand on n’a pas faim…

Après une bonne première demi-heure dans les blocs de rochers, je suis à nouveau victime de trouble digestif deux heures seulement après le départ. Un mal récurrent quand je pousse mes limites physiques. La déception est d’autant plus grande que pour une fois cette année, je me trouvais dans le bon wagon sur la première moitié de course. Nausées à répétition, je suis désormais au milieu de cette « mer de pierres » en hypo et déshydraté, prêt à jeter l’éponge. En arrivant à ma hauteur, Ben Hemingway s’arrête puis, après avoir pris le temps de me demander ce qui m’arrivait, parvient à me remotiver et me pousse à continuer. À l’économie, je parviens à pointer au CP 18 à 15h13. Encore 45 minutes de course, et l’espoir de rallier éventuellement un CP de plus. L’année passée, la course s’était arrêtée pour moi au pied de DownTown, cette côte que personne n’avait réussi à franchir l’an derrnier. Le parcours l’emprunte en descente pour cette fois, l’occasion pour moi de voir exactement à quoi ressemble cette section sur laquelle Walker, Jarvis, Letti et Gomez avait dû s’entraider…Rien d’étonnant, ça penche et ça glisse fort !
Le dévers suivant DownTown s’annonce plus que compliqué. Après quelques mètres seulement, je me retrouve sans solution pour aller plus loin. C’est finalement avec l’aide de Kyle Curtis, un américain pilote pro en motoneige, et de Yannick Marpinard que nous parviendrons à nous en sortir. Un manque de technique ? Certainement, mais pas uniquement… C’est ce que je me dis en apprenant plus tard que Colton Haaker et Ben Hemingway ont dû s’aider eux aussi juste avant nous, ou que Blazusiak a carrément dû shunter ce dévers en tirant droit dans la descente !

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Un genou à terre, mais un oeil sur l’objectif !

Il faut dire que le niveau augmente de manière impressionnante chaque année, et l’organisation tente avec plus ou moins de pertinence d’adapter le tracé. Pas facile de placer le curseur au bon endroit en effet, et au fur et à mesure des éditions apparaissent de nouvelles sections où, excepté pour quelques pilotes de tête profitant à la fois de leur talent et d’un terrain propre, l’entraide devient obligatoire.
Une bonne demi-heure plus tard pour parcourir seulement quelques centaines de mètres, nous ressortons enfin sur une piste. Il est 16h10, la mise hors course est prononcée. La course s’arrêtere là pour moi, à une décevante 20ème place. De quoi me motiver à revenir l’année prochaine.”

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Raoul ! Raoul ! Raoul !

Photos Anna Larissa/Klim et PP perso.

Pour voir Pierre dans Machine, c’est là, à la 18e minute :

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